A mon petit indépendant...

 

 

Le 1er novembre 2001, j'avais déménagé. Sept jours plus tard, un soir, j'étais sur le divan en train de lire un roman. Whitesoak était près de moi, Chouchou de l'autre côté et Louloute sur le divan d'en face. La maison était calme. Vers 22h, Chouchou se leva et tendit l’oreille. Je l’observai et je me dis qu’il allait encore piquer une petite crise féline : se mettre à courir parce qu’il voit quelque chose que mon oeil humain ne pouvait voir. Mais je me trompai. Il se dirigea vers la porte d’entrée. Tout à coup, j’entendis un faible miaulement. Je m’approchai de Chouchou mais je n’avais jamais entendu ce miaulement auparavant. Chouchou marchait de gauche à droite et de droite à gauche toujours en passant devant la porte d’entrée. Je me demandai ce qui se passait. J’ouvris donc la porte d’entrée et j’allai sur le porche. Dehors, il faisait noir et je ne vis rien de spécial, et je retournai donc à l’intérieur. Je me réinstallai sur le divan et je repris la lecture de mon roman.

Cinq minutes plus tard, j’entendis les mêmes miaulements et je vis que Chouchou était toujours devant la porte. Je ressortis et ne vis toujours rien. Puis je réalisai que j’avais oublié d’allumer la lumière extérieure. Je l’allumai et Chouchou me suivit dehors. Là il s’assit devant les marches et je regardai par dessus lui. Et je te vis : pas étonnant que je n’avais pu te voir. Tu étais aussi noir que la nuit. Je t’appelai doucement mais tu ne vins pas. Puis je remarquai ta taille. Tu ne pouvais monter les marches du porche, tu étais minuscule. J’en conclu donc que quelqu’un t’avait déposé sur mon porche et que tu as du tomber lorsque j’ai ouvert la porte la première fois. Tu te laissas prendre dans mes bras.

Tout comme pour Louloute, je te nourris mais je pensais que tu étais un peu jeune que pour recevoir un bain en cette fin d'automne. Lorsque tu as eu fini de manger, je t’ai regardé et je me suis dit « j’ai déjà 3 chats c’est plus que suffisant. Je vais mettre demain des affiches et frapper aux portes pour voir qui t’a perdu » Cela c’était sans compter sur mon coeur.  Lorsque tu as terminé de te lécher les babines, tu vins près de moi, à mes pieds, tu levas la tête et tu me regardas l’air de dire « bon tu me prends sur tes genoux » Je n’avais pas trop envie car j’avais peur de m’attacher à toi. Et ce qui devait arriver, arriva ! Tu miaulais tellement, que j’en ai eu le coeur brisé. Je te pris donc dans mes bras, te déposai sur mes genoux et tout en te caressant, je continuai à lire mon roman. Toi, bien au chaud, le ventre repu, câliné, tu t’endormis sur mes genoux et en te voyant, je me souris.

Bien sûr mes bonnes résolutions pour retrouver ta famille furent envolées dès le lendemain. Pour moi, tu m’appartenais et je t’aimais déjà. Malgré ta petite taille - tu étais vraiment minuscule - tu étais très indépendant, tu avais un caractère de cochon car tu savais exactement ce que tu désirais : liberté, manger, et câlins lorsque toi seul le désirait. Si moi j’avais envie de te prendre dans mes bras, de te caresser ou déposer un baiser sur la tête, pas question ! Tu as toujours décidé quand tu voulais de l’attention.

Tu avais à peu près cinq ou six mois lorsque Louloute donna naissance pour la première fois ! Tu as trouvé cela très chouette. Whitesoak n’est pas très jouette, Chouchou faisait attention à toi mais c’était un adulte et Louloute prenait ses airs prétentieux et te soufflait dessus. Tu ne faisais pas exception à la règle.

Mais lorsque tu vis ces petites boules de poils remuer, tu as voulu sauter dans le nid et te mettre à jouer. J’ai bien du t’en empêcher car les pauvres étaient à peine nés. Et même lorsqu’ils furent plus âgés, je dus faire attention que tu ne sois pas trop violent dans tes jeux.

Toi qui était minuscule, tu es devenu un beau grand chat noir, robuste et musclé. Tu es devenu plus grand que Chouchou et Whitesoak. Moi qui espérait garder une petite boule de poils noirs pas trop grande, raté ! Tu es devenu un grand chat magnifique, majestueux et tu as réellement un caractère de félin.

Je ne te voyais pas aussi souvent que les autres car tu passais la plupart de tes journées à l’extérieur mais chaque fois que tu revenais, tu me faisais savoir que tu étais de retour. Miaulements dans toute la maison jusqu’à ce que tu me trouves dans la pièce où j’étais occupée. Au  fil du temps, j’ai appris que lorsque tu miaulais en rentrant, il ne fallait surtout pas que je vienne à toi sans ça, tu ressortais aussi vite.

Mais cela nous l’avons tourné en jeu. Souvent j’accourrais et toi tu ressortais. C’était à qui serait le plus rapide mais une fois que tu te rendais à l’extérieur, en fait, tu te roulais dans l’herbe et tu faisais le beau pour ensuite revenir, manger, te faire câliner, et ressortir.

Indépendant, affectueux, caractère de cochon, j’ai souvent cru que tu me tolérais à peine. Mais ces derniers jours, j’ai remarqué un changement chez toi. Tu sais qu’il se passe quelque chose. Nous allons déménager, mais je ne peux te prendre avec moi. Une amie t'adopte. Pour l'heure,  tu ne demandes plus à sortir, tu passes plus de temps en ma compagnie. Maintenant, je sais que tu fais plus que me tolérer.

Mon beau BlackJack, tes miaulements ils me manqueront lorsqu’il sera environ cinq heure du matin, vers 18h et vers 23h. Cela me manquera de courir après toi pour savoir qui sera le plus rapide à tes petits jeux.

Petit félin indépendant, je sais que quel que soit l’endroit où tu te retrouveras, tu sortiras vainqueur car tu es un battant. Mais même si je le sais, j’ai mal de perdre ma petite « tête de mule » Et je me demande si tu seras à courir les jardins et les chattes lorsque je viendrai rendre visite à mon amie. J’ai peur que dans ces moments-là tu sois absent et que je ne puisse te voir.

J’ai mal de savoir que peut-être tu es un félin jusqu’au bout des pattes, que tout ce qui t’importe c’est d’avoir un foyer, une personne qui te nourrisse, et te câline lorsque tu le désires. J’aimerais que tu ne m’oublies pas mais je sais que je ne peux te demander cela.

Moi je ne t’oublierai jamais.
Tu resteras mon petit félin indépendant.

Ta peureuse de maîtresse

Chatonne

xxx

 

 

 

 

 

 

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